Société

« Les jeunes ont tout ». Mais moi je ne veux pas de « tout » ça.

 

 

« Les jeunes ont tout » disent les moins jeunes.

 

Tout quoi ? alors ça… on ne sait pas. Tout ce qu’ils n’ont pas eu, eux, quarantenaires-cinquantenaires ? Tout ce qui leur manquait ? Tout ce qui leur plait aujourd’hui ? Ce « tout » on ne saurait trop le qualifier mais une chose est sûre, aux yeux d’une grande partie des générations précédentes, les jeunes ont déjà TOUT alors comment osent-ils encore en vouloir plus ? Et plus de quoi ? Plus de bonheur ? Plus de réussite ? Plus d’amour ? Plus de compassion ? Vous avez déjà « tout » ils diront…

 

Mais nous, on n’a pas demandé d’avoir « tout » ça ; on aurait peut-être été même mieux avec « moins » que ça. Alors regardez, vous nous avez donné « tout » ça …

 

 

Emploi, Croissance… Chômage.

Vous preniez le premier emploi qui vous tombait sous la main ; on cherche encore nos stages non-rémunérés avec un Bac+5. Vous avez vécu le plein emploi, on vit le chômage même après des années d’études supérieures. Vous rêviez de devenir « Manager », on aspire à quitter nos métiers dénués de sens qui engraissent les quelques uns tandis que tant d’autres meurent de faim. Vous êtes maintenant experts dans vos domaines, nous, on est consultant dans tout mais experts en rien, on vend du vent. Vous envoyiez des lettres de motivation papier ; on ne compte plus le nombre de messages LinkedIn, lettres de motivations envoyées par mail pour espérer trouver un boulot qu’on ne veut pas vraiment. Vous vous faisiez recommander, on doit tweeter et taguer pour se faire connaître, étaler sa vie publiquement pour être jugé « sain » et « recrutable ».

 

Technologie, Vie privée…Perte de toute intimité.

Vous vous êtes rencontrés au bal des pompiers, à la boulangerie, vous vous êtes envoyés des lettres pendant des mois. Nous, on presse un bouton sur une application mobile dans le but d’entretenir de belles relations « amoureuses » fictives par écrans interposés jusqu’au jour ou l’on se rend compte que la personne qu’on croyait connaître n’est autre que le filtre de la personnalité que l’autre a bien voulu nous monter de la même façon que l’on a apposé nous-mêmes nos propres filtres sur nos propres photos et multiples personnalités en ligne. Vous vous êtes dit que vous vous trouviez beaux ; on a « liké » nos photos. Vous vous disiez que vous vous aimiez, on n’ose plus se le dire.

 

Connectivité…Jugement, Harcèlement.

Vous vous êtes quittés le jour ou elle a décidé de prendre l’avion pour un autre continent et ne vous êtes plus jamais revus. Nous, on se fait pleins de nouveaux amis via les réseaux sociaux qu’on a même jamais vus ; on poste plein de photos intéressantes comme celles de nos repas on se sent obligés d’exposer nos corps ; on se fait cyber-bullying (harceler par le web) dès lors que l’on poste quelque chose, ne serait-ce qu’une phrase anodine. Mais si l’on ne poste pas, pour échapper au cercle vicieux, on n’est pas normal.

 

Consommation…Poison, Absence de réflexion.

Vous achetiez ce que vos producteurs locaux pouvaient produire. On achète tout et rien partout, tout le temps, on se fait même livrer chez nous. On n’achète plus parce qu’on a « besoin » on achète pour « faire comme les autres », pour être « aimés, reconnus, valorisés ». Pour palier à nos autres manques. On ne se demande même plus si notre argent aurait une autre utilité plus grande, voire même si on a vraiment besoin d’une société de consommation.

 

Alors peut-être qu’effectivement, vous avez raison, on a « tout » ou plutôt, vous nous avez tout donné. Je vous remercie pour votre travail, vos réflexions, vos ambitions et votre amour.

 

Mais maintenant, c’est à nous de se demander : est-ce qu’on a vraiment « tout » ? Et surtout, est-ce qu’on veut vivre avec « tout ça » ?

 

Moi je ne veux pas. Je n’ai pas besoin de tout ça. Et j’échange volontiers mon Iphone, mon Pass Navigo, et mon coussin en forme de licorne pour une seule et unique lettre d’amour, un métier qui contribuerait à faire avancer la société dans le bon sens ou encore un minuscule village dans lequel je me sentirai en sécurité, avec tous mes proches.

 

En somme, une dose de bonheur, une pincée d’amour et une touche de sens.

 

Et vous ?

 

Manon Aunay

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