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L’ hypersensibilité ou le (trop) plein de contradictions

Il paraît qu’être hypersensible c’est à la mode, on en parle à toutes les sauces ; ça pourrait être lié à la sourdouance, aux enfants zèbres, à la sur-émotivité ou la sur-empathie, trait de personnalité, qualité ou défaut, on lui prête un trop plein de qualificatifs mais la réalité des choses c’est qu’il n’y a pas UNE hypersensibilité mais autant de sensibilités que d’humains il existe.

Eh oui, car nous sommes tous uniques, nous pouvons tous ressentir les émotions très fortement parfois, avoir ce besoin effréné d’aider les autres ou encore se sentir en marge de la société et de ses aspirations. La différence avec les hypersensibles, paraît-il, c’est qu’eux le ressentent tout le temps.

Alors je ne prétendrais pas, dans cet article, vous parler de l’hypersensibilité telle qu’elle est décrite dans les médias car je pense qu’on est encore très loin de bien maitriser le sujet et qu’il ne faudrait pas le confondre avec d’autres sujets bien plus graves ou au contraire trop légers (aka. ce n’est pas une maladie, ni une forme de caprice de sur-émotif.ve). Et puis, au fond, que je sois zèbre, lion ou girafe je m’en fiche bien, ce qui compte c’est le ressenti que j’ai vis à vis de cette so called (soi-disant) hypersensibilité. 

Le trop plein de contradiction.

Ce que je ressens vis à vis de ce trait de personnalité, que je semble avoir, c’est un trop plein de contradictions. Dans tout ce que je fais, dans tout ce que je suis, j’ai des ressentis contraires. Explications.

Un matin je peux me lever ayant cruellement besoin de passer ma journée avec des gens. Pourtant, cela va me demander beaucoup d’efforts et m’épuiser finalement. Dans ma tête, je vais devoir faire attention à ce que je dis, ne pas blesser intel, observer ce qui se passe dans la rue, les expressions faciales de mon interlocuteur. Cette attention au détail est précieuse, particulièrement dans mon métier de coach en développement personnel, mais dans la vie, au quotidien elle est fatigante, alors jai besoin de temps seule. De beaucoup de temps seule. Mais quand je suis trop seule, je ne me sens pas bien, car au fond, j’ai besoin d’être au contact des autres. Besoin de me sentir aimée mais aussi d’aimer.

Solitude résignée.

 

Je suis différente. Je le sais. Je l’ai accepté. J’aime cette différence. J’aime le fait de voir des choses que les autres ne voient pas, de faire certaines associations d’idées, de concepts. J’aime le fait que mille causes dans le monde me touchent, j’aime envisager 150 projets à la fois, j’aime écrire, créer. J’aime le fait que ma vision de la vie ne soit pas binaire, que rien ne soit blanc ou noir, mais qu’il y ait des dizaines de teintes entre les deux. Pas de gens “bien” et de gens “mauvais” juste un amas de vécus, expériences et personnalités. J’aime me dire que ma vie ne sera pas métro-boulot-dodo, que je ferai de grandes choses, un jour. J’aime penser que ma vie ce ne sera pas « juste » de travailler pour avoir une maison et des enfants. Mais que j’aurai pleins de projets, d’entreprendre, de faire différemment, d’aider, de contribuer, qui sait vivre à l’étranger, revenir. Je ne vois pas du tout la vie de façon linéaire. J’aime me dire que je me laisserai guider par mes ressentis, comme je l’ai toujours fait. Changer de stage, de pays, revenir, repartir. Et d’un autre côté c’est une vie très difficile à assumer. Les autres ne font pas ça, ils se posent, ils ont un conjoint et voilà, c’est ça la vie. Et même si je n’en veux pas (tout de suite du moins) même si je suis heureuse d’emprunter le chemin boueux de l’auto-entreprenariat face à la grand route du CDI, je me demande quand même souvent si je fais le bon choix.

Différence à moitié-assumée.

 

Je ressens (beaucoup) trop les choses par rapport aux autres. Je le vois, ne serait-ce que les grands événements (terrorisme, manifestations…) j’y pense, je n’y pense pas que lorsque ça se passe, j’y pense souvent. Je pense aux sans-domiciles du métro, je pense à ce qu’il pourrait se produire quand un fou y entre (avant-pendant-après). Mais je pense aussi à ces enfants du Mali qui n’ont pas de quoi se nourrir chaque jour, à ces femmes d’Arabie Saoudite qui n’ont même pas le droit de faire du vélo ou à ces victimes d’ouragans. Il me suffit de voir un documentaire, une vidéo, une citation, pour y penser et ne plus m’arrêter de m’interroger sur notre raison de vivre et le fondement de notre société. Mais paradoxalement j’adore ça. J’adore le fait que je ressente ces choses bien plus que les autres, qu’elles me touchent au plus profond de moi car ce sont véritablement des causes extrêmement importantes à mes yeux et j’espère au cours de ma vie pouvoir y contribuer. Et puis cette sensibilité accrue accueille aussi le positif, le bonheur exacerbé des mariages, des événements heureux, des bons moments entre amis, des belles rencontres.  Mais cette sensibilité n’étant pas des plus valorisée dans notre société, fort est de constater que je tente en vain de la réprimer.

Sensibilité oppressée.

 

Tant de contradictions. Je terminerai avec celle-ci même s’il en existe bien d’autres. C’est la soif de nouveauté. La nouveauté me stimule et m’angoisse au même instant. La meilleure année de ma vie fut celle ou je suis sortie de ma zone de confort chaque jour devant vivre à l’autre bout du monde, dans une autre langue. Une nouveauté permanente. Une extase constante. Mais la nouveauté lorsqu’elle est ponctuelle amène beaucoup de stress et d’anxiété. Et quand on cogite beaucoup, elle se révèle souvent comme un handicap. Peur de la nouveauté, peur du changement mais aussi impossibilité de suivre une routine qui ennuie. Un entre-deux monde très inconfortable.

Nouveauté, incompatibilité.

 

Il paraît qu’être hypersensible c’est à la mode, mais je me demande bien qui a un jour rêvé de vivre tant de contradictions au même moment.

Ce serait à refaire, je crois que je garderai ma personnalité. Et en même temps, je me demande tellement souvent ce que ça ferait si je pouvais en changer…

Hypersensibilité, éternelle absurdité.

 

Manon Aunay

 

Pour prendre RDV pour un coaching, me parler de votre hypersensibilité, témoigner ou tout simplement me donner votre avis sur cet article, contactez moi rubrique “contact” ou via l’adresse suivante : manon@jeunegenerationy.com

Un commentaire

  • Perrine

    Merci pour ce témoignage ! Je me retrouve dans tout ce que tu dit (à deux mots prés) ! c’est ouf car je ne me suis jamais qualifié “d’hyper-sensible” ! Merci encore d’avoir partagé ça !

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